Des citadelles imprenables

Sébastien Le Prestre de Vauban, architecte militaire de Louis XIV, a édifié des citadelles imprenables dans des paysages montagneux.

Destinées à protéger les frontières des incursions espagnoles, Villefranche-de-Conflent et Mont-Louis dans les Pyrénées, sont aujourd’hui inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco.

Mont-Louis, la place forte la plus haute de France, se compose d’une citadelle militaire et d’une ville neuve. La citadelle abrite le Centre National d’Entrainement Commando, mais les magasins à poudre, le Puits des Forçats se découvrent en visites guidées.

Blottie dans son enceinte fortifiée, Villefranche-de-Conflent est une cité bien vivante, aux ruelles médiévales pleines de charme, de restaurants et boutiques d’artisanat. Sur la place, l’église romane Saint-Jacques en marbre rose contient un Christ gisant du XIVe siècle et un retable baroque du célèbre sculpteur Joseph Sunyer. La visite des remparts sur le chemin de ronde permet de découvrir l’architecture militaire, de tours médiévales en courtines et bastions.

Militaire et humaniste

Vauban le bâtisseur de Fort Libéria et Mont-Louis

Tout près du Canigou. Mont-Louis et Villefranche de Conflent : deux citadelles. L’une imprenable. L’autre jamais attaquée. Elles ont été édifiées par Vauban,  génial architecte militaire du roi Soleil.

Louis XIV ayant conquis de nouveaux territoires, Vauban va mettre la France à l’abri des menaces et doter le royaume d’une « ceinture de fer », ensemble de villes fortifiées  entourant le pays. Au Nord-Est, il incite fortement Louis XIV à faire son « pré-carré » et renforce les places fortes qu’il juge essentielles. Ainsi, de l’Artois à la Franche Comté, la frontière sera protégée par deux lignes de villes avec fortifications, une dissuasion efficace face aux éventuelles velléités des Pays-Bas espagnols. Côté maritime, il se contente de forts avancés armés de canons : mer, rochers et falaises sont jugés suffisamment protecteurs.

L’ennemi espagnol

Il n’en va pas de même de la zone montagneuse jouxtant l’Espagne. Après le traité des Pyrénées qui accorde le Roussillon et la Cerdagne à la France, les positions ont été consolidées pour éviter les incursions espagnoles. Vauban va les rendre plus sûres.

En 1679, il construit Mont-Louis, une citadelle édifiée en deux ans par 3 700 soldats avec les matériaux locaux. De forme carrée, Mont-Louis est flanqué de quatre bastions et de trois demi-lunes précédés d’un large fossé sec. Passée l’enceinte avec son pont levis, passées les monumentales portes qui barrent l’accès intérieur, une vaste cour s’étend. Elle est entourée des bâtiments nécessaires à la vie de l’armée : casernes, arsenal, infirmerie, église, puits, logement pour le Gouverneur… La place ne sera jamais prise.

Afin de protéger le Conflent, zone névralgique proche de l’Espagne, Fort Libéria est bâti à partir de 1680, au dessus de Villefranche à laquelle il est relié par un souterrain comptant 734 marches. Sentinelle construite en position dominante, le fort se trouve dans un lieu escarpé très dissuasif. Son enceinte imposante, est longée à l’intérieur par un chemin de ronde qui permet de surveiller toute la zone.

Cacher les citadelles

La technique est partout la même. Toujours utiliser la topographie du terrain pour asseoir une construction. Partant de cette idée, le génial militaire adosse volontiers le fort au bord d’un ravin, il peut ainsi consacrer sa défense aux autres points. Dès l’approche, les attaquants arrivent sur un glacis, pente en remblais précédant d’épais murs, les boulets de canons viennent s’y perdre, l’ennemi y est à découvert. Ensuite, vient un large fossé puis, des bastions en saillie et des demi-lunes qui s’intercalent. Les assaillants rencontrent sans cesse de nouveaux obstacles alors que les assiégés ont une vue dégagée sur tout le terrain des opérations. Pas d’angle mort. Pas de possibilité pour l’ennemi d’effectuer des tirs en enfilade, un cloisonnement très étudié, la citadelle bien cachée en contrebas des fortifications devient invulnérable. Fort Libéria ne sera jamais attaqué. Mont Louis imprenable. Deux exemples du génie militaire d’un homme doué, courageux, curieux et pragmatique. 

Remarqué par Mazarin

Sébastien Le Prestre marquis De Vauban, s’illustre très jeune par ses faits d’armes et se fait remarquer par Mazarin. Il quitte alors l’armée de Condé pour celle de Louis XIV. Sa brillante carrière débute. Il n’a que 20 ans. Son talent le démarque, ses succès le portent. Il obtient rapidement le titre d’ingénieur militaire responsable des fortifications. Plus tard, il sera nommé Commissaire général puis Maréchal de France, plus haute distinction militaire qui puisse être accordée.

L’homme est un brillant stratège. Il élabore une technique imparable pour faire tomber rapidement les villes assiégées. Repérer les endroits vulnérables. Couper toute possibilité aux renforts de pouvoir intervenir. Préparer le terrain à distance des fortifications en creusant des tranchées parallèles pour les atteindre. Les moyens utilisés par Vauban font leurs preuves, notamment à Maastrich où le siège sera de très courte durée.

Parallèlement, Vauban met au point une architecture de défense des plus efficaces, bien mieux adaptée aux assauts appuyés par des canons. C’est ainsi qu’après la prise de Lille, il construit sa première citadelle. Comme les autres, elle est imprenable. Ce n’est qu’un début. Vauban qui parcourt  le pays, conçoit des places fortes, restaure et améliore celles qui lui paraissent fragiles. Vauban n’est pas qu’un homme de guerre. C’est aussi un humaniste. L’architecture de ses forts permet de limiter considérablement le nombre de morts au combat.

D’autres fortifications Vauban émaillent le Roussillon: le fort de Bellegarde au Perthus, le fort Miradou à Collioure, le fort St Elme entre Collioure et Port-Vendres, le fort des bains à Amélie les Bains, le fort Lagarde à Prats de Mollo, la forteresse de Salses.

Comme dix autres sites majeurs de Vauban, Fort Liberia et Mont-Louis sont classés au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

mont-louis.net - Tél. 33 (0)4 68 04 21 97 
villefranchedeconflent-tourisme.fr - Tél. 33 (0)4 68 96 22 96

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